Mythes et Légendes Rap
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Le peuple Celte a de bien belles légendes, Abnoba et Ardunia les déesses de la forêt côtoient la légende Arthurienne sans problème.
De même, l'Afrique et l'Asie ne sont pas en manque de mythes, du Dragon à Ganesh en passant par Hiruko l'enfant aquatique, Unwabu le caméléon ou Amma le dieu créateur des Dogons, symboles et incarnations foisonnent.
Rivalisant avec les peuples nordiques et leurs dieux puissants, la Grèce elle aussi dispose d'une riche mythologie aux dieux surpuissants.
La Transylvanie a ses vampires, le Gévaudan a sa Bête....
Et bien, figurez vous que telles ces peuplades et continents, tels des pays et des régions entières,
le Peuple du Rap a ses mythes et légendes....mais elles sont bien plus terre a terre.
Ici pas de loups garous ni de sorcières, rien de surnaturel, ( si ce n'est la taille des égos, et je m'inclus dans le lot ) juste des maquereaux et des gangsters....
Et le plus grand pouvoir des dieux du rap reste le pouvoir d'achat.
C'est là un autre aspect de l'américanisation de notre culture :
Cet hymne au gangstérisme clinquant et violent alors qu'en France, il n'y a tout simplement pas de Gangs.
Exit les Blacks Dragons, Requins Vicieux, Ravageurs et certains Redskins qui furent ce qu'il y eut de plus ressemblant.
Dorénavant ne reste que des bandes, souvent anarchiques, des regroupements d’intérêts au mieux.
Je ne dis pas que le grand banditisme et le crime organisé n'existe pas en France,
Mais des gangs urbains et sectorisé comme ceux que l'on trouve aux Etats-Unis ou en Amérique du sud, et auxquels semblent s'identifier certains de nos mc's d'ici, Que Nenni.
Et puis, le Gangster a la française était raffiné, sobre, discret, vivant dans le faste silencieux et le luxe légèrement dissimulé. Rien à voir avec l'exubérance blingbling outre atlantique....
Pourtant, certains de mes confrères rappeurs ne peuvent s'empêcher de singer cet univers, de l'importer ici où le tissu social est totalement différent.
Ce culte fut érigé il y a de cela des années avec des films comme Colorz, Boyz in the Hood, Menace to Society, New Jack City, Scarface.....
Musicalement le gangsta rap existe aussi depuis des lustres avec des groupes comme NWA, Tim Dog, Boo ya Tribe ,Dr Dré, Snoop, Mc Eight, Ice Cube, et plus récemment The Game, membre des fameux Bloods de Compton, qui ont défriché le terrain bien avant 50 cent....

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Mais à mes yeux, cette mouvance n'a pas grand chose a faire en France, ou les gangs n'existent pas du tout à la même échelle.
De même qu'un film, pas mal de rappeurs nous racontent des histoires.....mais sans le préciser.
Sans jamais indiquer le moindre second degré, les scénarios fleurissent et si l'on en croit les paroles et les clips des tracks qui tournent en boucle dans les charts et à la télé, alors tous les rappeurs sont armés et dangereux !
A-tten- tion !
Tous les rappeurs sont des criminels endurcis capables du pire !
En fait, si tu n'as jamais commis de crimes, ou au moins un délit, tu ne dois pas faire de rap, ce n'est pas pour toi !
Bien entendu, c'est du second degré, mais c'est un peu ce que pourrait se dire le citoyen lambda en écoutant les principales égéries du rap hexagonal.
Les mecs te parlent de flingues et de prison, tirant gloire de faits d'armes pourtant peu reluisants ni même braves. Braquer un taxi ou se faire serrer pour petits trafic de H, purger moins d'un an.... ça n'est pas ce que j'appelle être un gangster de haut vol.....
Et pourtant, voilà que fraîchement sorti du trou, on peut maintenant en jouer...on peut maintenant reprendre tous les codes du criminel et en faire des chansons.... pendant plusieurs années, plusieurs albums, s'acheter une street crédibility devenue trop indispensable dans ce « rap game ».
Et oui, Rap Game, tout ceci n'est qu'un jeu mesdames et messieurs.
Et pour y jouer, il suffirait que je sorte de chez moi et que je mette une grosse patate au premier flic que je croise, et hop, prison.
Juste quelques mois car au final le flic n'a rien....
Mais alors quand je sors, soyez sur que mon album, partira comme des petits pains,
Car je serais celui qui a savaté un keuf, et ca c'est gangsta mon copain !

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Ca vends, ça attire, ça plait aux jeunes, comme Heat ou Scarface leurs ont plu.
Le Rap hexagonal de masse, celui qui est diffusé le plus largement n'est à mes yeux rien d'autre qu'une extension d'Hollywood ….
Des voitures de locations, des évocations de Uzi, de la glorification de la violence....je ne m'y retrouve plus....j'ai sans doute vieilli, mais un de mes plus grand contemporains disait :
« Les Gangsters n'ont pas le temps de rapper » …
Et c'est vrai.... Les bandits agissent mais ne parlent pas, ne s'exposent pas.
Qui irait faire des aveux par clips ou chansons interposés ? !
Un abruti seulement …
Nul doute qu'autour de la culture rap il y a des magouilles, du vice et de la débrouille, mais comme partout en fait.... ok il y a de la délinquance....mais du gangstérisme, pas d'accord.
Les voilà nos mythes et légendes rap, des icônes surfaites, qui n'ont aucune raison concrète d'être armé, si ce n'est de coller à ce qu'ils disent dans leurs chansons.
Nos mythes passent leur temps en studios, en séances photos, en tournée, mais te racontent pourtant une street life des plus périlleuses..... et cela marche, car ceux qui ont réellement une street life périlleuse s'y reconnaissent...
De faux portes paroles vivant par procuration, des lyricistes qui mettent des rêves à la con dans la tête des mômes, leurs font miroiter et désirer de belles et très coûteuses choses que seule une petite élite parvient à toucher....
Pas mal de rappeurs d'aujourd'hui sont des suppôts du grand capital, me souffle le pseudo communiste en moi....
Certes le mythe du gangster dans le rap n'est pas nouveau et j'en ai moi même apprécié toute une vague west coast durant les années 90, mais ces types parlaient de choses qui les touchaient au plus prés et évoluaient dans des quartiers où les crimes par arme à feu sont monnaie courante, où le magasin de liqueur est juste a coté de l'armurerie, et où la constitution de ton pays t'autorise, voire même t'encourage à posséder une arme ; à tel point que certaines banques offrent des fusils à leurs clients lorsqu'ils ouvrent un nouveau compte.....

 

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Mais ici sur notre territoire, ces imitations de mode de vie véhiculent des ambitions illusoires et ces légendes musicales de code meurtre et de fusillade font aussi le jeu de la droite et des programmes sécuritaires il ne faut pas se mentir.
Si c'était du Oxmo Puccino qui sortait du téléphone des jeunes dans le métro, nul doute que la vieille comptable agoraphobe serait moins recroquevillé sur son strapontin qu'avec du La Fouine et ses histoires de Uzi et de corps sur le sol....
Mais je ne suis pas là pour casser du sucre sur le dos de tel ou tel personne en particulier, je pense juste qu'il serait judicieux d'en finir avec la diffusion massive de ces mythes et légendes violentes, et des idées préconçues qu'il en résultent.
Que ce type de rap existe est inévitable car il est part intégrante d'une culture qui s'étend de la musique au cinéma, en passant par les vêtements et les jantes de voitures, mais il serait peut être temps que ce ne soit pas ce Cliché qui soit le représentant de notre Culture Rap au yeux du grand public.
Il serait temps que la masse s’aperçoive sans avoir besoin de fouiner dans les profondeurs d'internet que le Rap, c'est aussi des gens à la plume raffinée et consciente, originale et déviante, sensible, libre et indépendante, et que le haut de l'iceberg est milles fois moins intéressant que le bas.
Je veux juste dire :
Laissons les gangsters aux Etats Unis, car la bas ce n'est pas un mythe mais une sombre réalité.
Des enfants de 14 ans tue afin de pouvoir porter certaines couleurs et bénéficier de la protection d'une deuxième famille.....et ici en France, on peut voir des rappeurs ( et donc des amateurs de rap également ) se pavaner avec ces mêmes couleurs, juste pour le style, juste pour le mythe....


J'ai dans mon quartier paisible de Marseille, au cul des collines, un jeune d'une vingtaine d'années qui sort de chez lui avec la panoplie totale d'un membre des Bloods...
Le bandana, la casquette, la chemise à carreaux, tout est là , tout est rouge.
La démarche est chaloupée a l’extrême, le jeune se cherche, il s'amuse, pas de soucis, mais aurait- il le cran de porter la même tenue sur Piru Street là où porter ces couleurs peut te coûter la vie ?
Non.... il n'est peut être même pas au courant d'ailleurs....
Il passe à coté de moi en me matant de haut, je pouffe.... de son téléphone portable s'échappe les paroles d'un rappeur parisien qui lui raconte combien de thunes il a et a quel point il baise la France et ce public qui le fait pourtant vivre grassement.....
Alalala, c'est pas gagné......

 

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par Gabriel Abraxxxas Saule