Chronique de Crise de conscience de Kool Shen par Frédéric Bonnet
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Comment un service marketing peut-il se planter à ce point? Au vu des deux titres sortis par Kool Shen pour annoncer son album, on avait de quoi être plus que perplexe. Sur "J'reviens", la réunion des deux monstres sacrés du rap français que sont Kool Shen et Joey Starr ne suffisait pas à faire oublier la faiblesse du morceau. Quant à "C'est bouillant" avec Salif, on frôlait l'indignation. Fort heureusement, autant vous le dire tout de suite, ces deux titres sont isolés et ne reflètent en rien la tonalité de l'album. Car au global, cette "Crise de conscience" est dans la lignée de "Dernier round", la maturité en plus. Non Kool Shen ne s'est pas renié, et il a même progressé, ouf! Par la même occasion, il en redevient crédible en expliquant son retour par la léthargie, voire la médiocrité de la scène rap française. "La France hallucine" est un morceau sombre, où le MC livre un constat sans faille de la société actuelle et de sa fameuse fracture sociale. Une réflexion parfaitement aiguisée et renforcée par une incontestable maturité d'écriture. "Vivre dans l'urgence" raconte la trajectoire que serait celle d'un gamin de nos jours, de 10 à 30 ans. L'écriture est là aussi remarquable, sur une prod très réussie de Ko et Pedro. Sur "Rappelle toi" Kool Shen, épaulé par Jeff le nerf, se moque ouvertement des rappeurs jouant les durs, les cailleras de marketing ("parler de uzi ça use (...) t'as rien d'un voyou et ta réputation m'amuse") pour un coup de balai qui fait du bien. Règlement de comptes sur "Salope.com" où Kool Shen vient remettre les pendules à l'heure face aux courageux anonymes qui le critiquent sur Internet, protégés derrière leurs écrans. Un morceau très plaisant. "Mauvaise école" traite de l'(in)égalité des chances, et de la justice à deux vitesses. Si le thème est bateau, la manière de l'aborder et la qualité des lyrics en font un morceau réussi. "Jusqu'au bout" est un peu la suite de "Laisse pas traîner ton fils" (qui est d'ailleurs cité à la fin du morceau) en plus personnel puisque le rappeur fait clairement référence à l'éducation qu'il a reçue de ses parents, et celle qu'il donne à son fils. Le résultat est impeccable, avec un joli refrain de Jimi Sissoko, même si eu égard au caractère intime du morceau, on aurait préféré que Kool Shen s'en charge lui-même. "Grandeur et décadence" illustre la différence entre cet album et le précédent. Kool Shen ne se contente plus de critiquer le système mais ouvre des pistes de réflexion et de propositions en abordant un thème qui lui tient à coeur comme l'écologie. "Vendredi 13" nous fait regretter la brièveté du morceau (2'13" pour 1'30" de lyrics). Sur "J'ai jamais eu besoin" Kool Shen rejette le bling-bling et le matérialisme. Sans être un mauvais morceau, le thème sonne comme une justification sans grand intérêt. "El dorado" est un morceau inutile, où le refrain de Blacko rappelle trop celui de Jimi Sissoko. Au final, "Crise de conscience" est un très bon album, entâché par ses deux singles, où Kool Shen s'affirme comme un lyriciste à part entière. Mais est-ce une surprise?...

Note : 16/20

Frédéric Bonnet a.k.a Kaser

TRACKLIST 

1- Intro

2- J'reviens feat Joey Starr

3- La France hallucine

4- Interlude vivre dans l'urgence

5- Vivre dans l'urgence

6- Rappelle-toi feat Jeff le nerf

7- Salope.com

8- Mauvaise école

9- Jusqu'au bout feat Jimi Sissoko

10- Grandeur et décadence

11- C'est bouillant feat Salif

12- Vendredi 13

13- J'ai jamais eu besoin

14- Eldorado feat Blacko

15- Outro